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Le règne de Louis Philippe Ier (1830-1848)

🗓️ 23/02/2026 · 49:55 · 👁️‍🗨️ 4 vues -

Louis-Philippe Ier incarne une figure singulière de l’histoire de France. Roi des Français de 1830 à 1848, il symbolise une tentative inédite de monarchie constitutionnelle libérale, issue d’une révolution mais soucieuse de stabilité. Surnommé le « roi citoyen », il a tenté de concilier héritage monarchique et aspirations bourgeoises dans une France profondément marquée par les bouleversements révolutionnaires. Son règne, situé entre la Restauration et la Deuxième République, représente une étape charnière dans la construction politique moderne du pays.

Louis-Philippe Ier (1830-1848) : le roi citoyen entre révolution et modernité

Un prince marqué par la Révolution française

Né le 6 octobre 1773 à Paris, Louis-Philippe d’Orléans est le fils de Louis-Philippe Joseph d’Orléans, plus connu sous le nom de Philippe Égalité, cousin du roi Louis XVI. Son père vote la mort du roi en 1793, un acte qui marquera durablement l’image de la famille d’Orléans.

Jeune homme, Louis-Philippe adhère aux idéaux révolutionnaires. Il combat dans l’armée révolutionnaire, notamment à Valmy en 1792. Toutefois, la radicalisation de la Révolution et l’exécution de son père le contraignent à l’exil. Pendant plus de vingt ans, il mène une vie errante en Suisse, en Scandinavie et même aux États-Unis, où il enseigne et découvre les institutions américaines.

Cette expérience internationale influence profondément sa vision politique. Il développe une conception pragmatique du pouvoir, favorable à une monarchie constitutionnelle à l’anglaise, limitée par une charte et soutenue par les classes moyennes.

La Révolution de Juillet 1830 : l’accession au trône

En 1830, la France est dirigée par Charles X, dont la politique conservatrice et autoritaire provoque une vive opposition. Les « Ordonnances de Juillet » suspendant la liberté de la presse et restreignant le droit de vote déclenchent les « Trois Glorieuses » (27, 28 et 29 juillet 1830).

Face à l’insurrection parisienne, Charles X abdique. Les députés libéraux, refusant à la fois le retour à la République et la poursuite de la branche aînée des Bourbons, se tournent vers Louis-Philippe d’Orléans.

Le 9 août 1830, il prête serment à la Charte révisée et devient « roi des Français » et non « roi de France », soulignant que sa légitimité repose sur la nation et non sur le droit divin.

Ce changement sémantique est fondamental. Il symbolise une monarchie contractuelle, issue de la volonté populaire représentée par les députés.

Une monarchie bourgeoise et libérale

Le régime de Louis-Philippe est souvent qualifié de « monarchie de Juillet ». Il repose principalement sur la bourgeoisie d’affaires, les notables et les propriétaires.

La Charte de 1830 élargit légèrement le corps électoral, mais le suffrage reste censitaire. Seuls les hommes les plus riches peuvent voter. Environ 200 000 électeurs pour plus de 30 millions d’habitants participent à la vie politique. Cette limitation nourrit progressivement un sentiment d’exclusion chez les classes populaires.

Sous son règne, la France connaît un essor économique notable. Les débuts de l’industrialisation s’accélèrent : développement des chemins de fer, modernisation bancaire, expansion du commerce. Le réseau ferroviaire passe de quelques dizaines de kilomètres à plusieurs milliers à la veille de 1848.

Le roi adopte une posture simple et bourgeoise. Il se promène à Paris avec un parapluie, sans le faste traditionnel des monarchies. Cette image de sobriété lui vaut le surnom de « roi citoyen ». Le poète Heinrich Heine ironise cependant sur cette monarchie « en redingote ».

Les tensions sociales et politiques croissantes

Malgré la stabilité apparente, le régime est fragilisé par des oppositions multiples.

Les légitimistes, partisans de la branche aînée des Bourbons, ne reconnaissent pas sa légitimité. Les républicains, eux, dénoncent une monarchie jugée conservatrice et excluante. Plusieurs attentats visent le roi, dont celui de Fieschi en 1835, qui fait de nombreuses victimes.

La loi de septembre 1835 restreint la liberté de la presse, marquant un tournant plus autoritaire. Honoré Daumier caricature abondamment le souverain, le représentant en « poire », symbole d’un pouvoir perçu comme ridicule et bourgeois.

Sur le plan social, les conditions de travail dans les villes industrielles se dégradent. Les révoltes des canuts lyonnais en 1831 et 1834 illustrent les premières grandes insurrections ouvrières de l’ère industrielle. Le slogan « Vivre en travaillant ou mourir en combattant » résonne comme un avertissement.

Politique étrangère et rayonnement culturel

Louis-Philippe adopte une politique étrangère prudente. Il cherche à éviter les conflits majeurs en Europe, notamment avec le Royaume-Uni. Cette diplomatie pacifique vise à consolider le régime intérieur.

Cependant, la France poursuit son expansion coloniale, notamment en Algérie, commencée sous Charles X en 1830. La conquête se poursuit durant tout son règne, avec des figures comme le maréchal Bugeaud.

Sur le plan culturel, le roi encourage la réconciliation nationale. Il transforme le château de Versailles en musée de l’Histoire de France en 1837, dédié « à toutes les gloires de la France ». Ce geste symbolique vise à rassembler les mémoires monarchiques, impériales et révolutionnaires.

L’historien François Guizot, ministre influent, résume l’idéologie du régime par sa célèbre phrase : « Enrichissez-vous », exhortant les Français à accéder au droit de vote par la réussite économique.

La crise de 1848 et la chute de la monarchie

Dans les années 1840, les difficultés économiques s’accumulent : mauvaises récoltes, hausse du chômage, crise financière. Le régime refuse d’élargir le suffrage malgré les revendications croissantes.

Les réformistes organisent des « banquets » politiques pour contourner l’interdiction des réunions publiques. L’interdiction d’un banquet à Paris en février 1848 déclenche des manifestations.

Les 22, 23 et 24 février 1848, l’insurrection gagne la capitale. L’armée hésite à réprimer. Face à l’ampleur du mouvement, Louis-Philippe abdique le 24 février 1848 en faveur de son petit-fils, mais il est trop tard. La Deuxième République est proclamée.

Déguisé et sous le nom de « M. Smith », l’ancien roi s’exile en Angleterre, où il meurt en 1850.

Un héritage contrasté dans l’histoire de France

Le règne de Louis-Philippe Ier représente une tentative de synthèse entre monarchie et souveraineté nationale. Il a favorisé le développement économique, encouragé une certaine modernité institutionnelle et tenté de stabiliser un pays marqué par quarante années de révolutions.

Cependant, son incapacité à élargir la base politique du régime et à répondre aux aspirations sociales a précipité sa chute. Son règne annonce les tensions du XIXe siècle entre libéralisme politique limité et revendications démocratiques plus larges.

Karl Marx analysera la monarchie de Juillet comme l’expression politique de la bourgeoisie triomphante. De son côté, l’historien Alexis de Tocqueville percevait déjà, avant 1848, les signes avant-coureurs d’une révolution inévitable.

Un roi entre tradition et modernité, symbole d’une France en mutation

Louis-Philippe Ier demeure une figure ambivalente. Ni tyran ni véritable démocrate, il incarne un compromis fragile dans une France en quête d’équilibre. Son règne, souvent éclipsé par les grandes figures révolutionnaires ou impériales, constitue pourtant un moment clé de l’apprentissage parlementaire français.

Entre héritage monarchique et aspirations bourgeoises, entre stabilité et exclusion politique, son parcours éclaire les défis permanents de la représentation et de la légitimité du pouvoir. À travers lui, c’est toute la complexité du XIXe siècle français qui se dessine.