La sonde Lucy entre dans le royaume des astéroïdes troyens de Jupiter

La sonde Lucy de la NASA vient d’atteindre la région des astéroïdes troyens de Jupiter. Son premier survol, Eurybates, aura lieu en août 2027.

🗓️ 29 octobre 2026 📁 Aviation et Espace | Exploration Spatiale

Après cinq années de voyage et plus de 3,5 milliards de kilomètres parcourus, la sonde Lucy de la NASA vient d’atteindre une région encore jamais explorée directement par un engin spatial : celle des astéroïdes troyens de Jupiter. Ces corps primitifs, piégés sur la même orbite que la planète géante, pourraient conserver de précieux indices sur la naissance du Système solaire il y a environ 4,5 milliards d’années. Lucy doit effectuer son premier survol rapproché d’un astéroïde troyen, Eurybates, le 11 août 2027.

⏳ 9 min

Lucy atteint enfin le royaume des astéroïdes troyens

Le 28 octobre 2026, la NASA a annoncé une nouvelle étape majeure de la mission Lucy. Après plus de cinq années passées dans l’espace, la sonde est désormais entrée dans la région occupée par les astéroïdes troyens de Jupiter. Depuis son lancement le 16 octobre 2021, Lucy a parcouru plus de 2,2 milliards de miles, soit environ 3,5 milliards de kilomètres. Jamais auparavant un engin spatial n’avait été envoyé spécifiquement pour explorer ces populations d’astéroïdes. Lucy arrive ainsi aux portes d’un territoire encore pratiquement inconnu.

Illustration de la sonde spatiale Lucy de la NASA équipée de ses grands panneaux solaires
Illustration de la sonde Lucy et de ses deux grands panneaux solaires circulaires. Source : Wikimedia Commons / NASA. Auteur : NASA. Statut : domaine public aux États-Unis, image produite par la NASA.

Mais que sont les astéroïdes troyens de Jupiter ?

Les astéroïdes troyens constituent une immense population de petits corps qui partagent l’orbite de Jupiter autour du Soleil. Ils ne tournent pas autour de la planète comme des satellites. Ils gravitent autour du Soleil à peu près à la même distance que Jupiter, mais sont regroupés dans deux grandes régions relativement stables. Ces zones correspondent aux points de Lagrange L4 et L5. Le groupe L4 se déplace devant Jupiter sur son orbite tandis que le groupe L5 se trouve derrière la planète géante. La sonde Lucy vient d’atteindre la région associée au point L4.

Des « fossiles » vieux de 4,5 milliards d’années

L’intérêt scientifique des astéroïdes troyens est considérable. Ces objets sont considérés comme des vestiges de la jeunesse du Système solaire. Ils se sont formés ou ont été capturés durant les premiers temps de l’histoire des planètes, il y a environ 4,5 milliards d’années. Leur composition pourrait donc conserver des informations sur les matériaux qui existaient lorsque Jupiter, Saturne et les autres planètes se sont formées. Les scientifiques espèrent notamment comprendre comment les planètes géantes ont migré avant de rejoindre leurs orbites actuelles. Étudier ces astéroïdes revient ainsi, d’une certaine manière, à ouvrir des capsules temporelles du Système solaire primitif.

Pourquoi la mission s’appelle-t-elle Lucy ?

Le nom de la mission n’a pas été choisi au hasard. La sonde a été baptisée Lucy en référence au célèbre fossile d’australopithèque découvert en Éthiopie en 1974. Ce fossile a profondément contribué à notre compréhension de l’évolution humaine. De la même manière, les responsables de la mission espèrent que la sonde Lucy permettra de mieux comprendre « l’évolution » du Système solaire. Le parallèle est particulièrement pertinent : là où le fossile Lucy offre un témoignage du passé de l’humanité, les astéroïdes troyens pourraient témoigner de la jeunesse des planètes.

Un voyage commencé en octobre 2021

Lucy a quitté la Terre le 16 octobre 2021. La sonde a été lancée depuis la Floride par une fusée Atlas V de United Launch Alliance. Sa trajectoire est particulièrement complexe. Pour atteindre les astéroïdes troyens situés à plusieurs centaines de millions de kilomètres du Soleil, Lucy a utilisé à plusieurs reprises la gravité terrestre afin de modifier sa vitesse et sa trajectoire.

Lancement de la sonde Lucy à bord d'une fusée Atlas V le 16 octobre 2021 depuis la Floride
La fusée Atlas V transportant Lucy décolle de Cap Canaveral le 16 octobre 2021. Source : Wikimedia Commons / NASA. Photo : NASA/Bill Ingalls. Statut : domaine public aux États-Unis, œuvre produite par la NASA.

La Terre utilisée comme une fronde gravitationnelle

Une sonde spatiale dispose d’une quantité limitée de carburant. Pour parcourir de très grandes distances, les ingénieurs utilisent donc une technique appelée assistance gravitationnelle. La sonde passe relativement près d’une planète et exploite son attraction gravitationnelle pour modifier sa trajectoire et sa vitesse. Lucy a ainsi effectué plusieurs passages à proximité de la Terre. Ces manœuvres lui ont permis de prendre progressivement la direction de l’orbite de Jupiter sans avoir besoin d’emporter une quantité gigantesque de carburant.

Avant Jupiter, Lucy a déjà rencontré deux astéroïdes

La mission ne s’est pas contentée d’attendre son arrivée dans la région des troyens. Sur son trajet, Lucy a déjà survolé plusieurs objets de la ceinture principale d’astéroïdes située entre Mars et Jupiter.

Dinkinesh et son étonnant satellite Selam

Le 1er novembre 2023, Lucy a survolé l’astéroïde Dinkinesh. La rencontre a réservé une surprise aux chercheurs. Les images ont révélé que Dinkinesh possédait un petit satellite, baptisé Selam. Les observations ont ensuite montré que Selam était lui-même un objet particulièrement inhabituel, composé de deux lobes en contact.

Donaldjohanson en avril 2025

Le 20 avril 2025, Lucy a effectué un second survol important. Cette fois, sa cible était l’astéroïde Donaldjohanson. Le nom rend hommage au paléoanthropologue Donald Johanson, codécouvreur du fossile Lucy. La rencontre a notamment servi de répétition générale avant les survols beaucoup plus importants prévus dans la population des troyens de Jupiter.

Lucy atteint le point de Lagrange L4

En octobre 2026, la sonde se rapproche maintenant de la région du point de Lagrange L4. Cette zone constitue l’une des deux grandes « îles de stabilité » associées à Jupiter. Des milliers d’astéroïdes y gravitent autour du Soleil tout en restant globalement positionnés devant la planète géante. La NASA précise qu’il n’existe pas de véritable frontière matérielle permettant de dire : « ici commence la région des troyens ». Les ingénieurs déterminent la position de Lucy grâce notamment à ses communications radio et à l’observation des étoiles environnantes.

Trajectoire de la sonde Lucy entre la Terre et les groupes d'astéroïdes troyens de Jupiter
Trajectoire prévue de Lucy entre la Terre et les deux populations d’astéroïdes troyens de Jupiter. Source : Wikimedia Commons / NASA. Auteur : NASA. Statut : domaine public aux États-Unis.

Une région gigantesque et presque vide

Parler d’un « royaume des astéroïdes » pourrait laisser imaginer une zone remplie de rochers serrés les uns contre les autres. La réalité est très différente. L’espace reste extraordinairement vide. Selon la NASA, les astéroïdes troyens sont séparés en moyenne par plus de 6 millions de miles, soit près de 10 millions de kilomètres. Depuis Lucy, les prochaines cibles ne ressemblent donc encore qu’à de minuscules points lumineux sur le fond étoilé. Ce n’est qu’en arrivant à proximité immédiate de chaque objet que la sonde pourra en révéler la forme et la surface avec précision.

11 août 2027 : rendez-vous avec Eurybates

La prochaine grande étape est désormais fixée au 11 août 2027. Lucy effectuera alors son premier survol rapproché d’un véritable astéroïde troyen de Jupiter : Eurybates. L’astéroïde possède également un petit satellite appelé Queta. La rencontre constituera une première historique. Aucune sonde n’a encore observé de près l’un de ces objets. Les instruments de Lucy pourront étudier la forme d’Eurybates, sa surface, sa couleur, sa composition et ses propriétés physiques.

Plusieurs rencontres prévues entre 2027 et 2028

Eurybates ne sera que le premier rendez-vous. Quelques semaines plus tard, Lucy doit survoler Polymele, le 14 septembre 2027 selon le calendrier actuel de la NASA. La sonde rencontrera ensuite :

  • Eurybates et son satellite Queta — 11 août 2027 ;
  • Polymele et son satellite — 14 septembre 2027 ;
  • Leucus — 18 avril 2028 ;
  • Orus — 11 novembre 2028.

Ces objets pourraient être très différents les uns des autres, ce qui constitue précisément l’un des intérêts scientifiques de la mission.

Lucy repartira ensuite vers la Terre

Après avoir exploré le groupe L4, Lucy ne s’arrêtera pas. La sonde reviendra vers notre planète en 2030. Elle utilisera une nouvelle fois la Terre comme une fronde gravitationnelle afin de repartir vers l’autre côté de l’orbite de Jupiter. Cette fois, sa destination sera le groupe d’astéroïdes situé au voisinage du point de Lagrange L5, derrière Jupiter.

2033 : Patroclus et Menoetius

Le 3 mars 2033, Lucy devrait atteindre l’un des systèmes les plus fascinants de son voyage : Patroclus et Menoetius. Il s’agit de deux objets formant un système binaire. Ils gravitent l’un autour de l’autre tout en accompagnant Jupiter autour du Soleil. Cette dernière rencontre programmée permettra à Lucy d’étudier une catégorie encore différente d’objets primitifs.

Un record de onze astéroïdes explorés

Au total, la NASA prévoit que Lucy étudiera onze astéroïdes en comptant les différents satellites rencontrés. Aucune autre mission spatiale n’aura effectué autant de survols de petits corps au cours d’une même aventure. Cette diversité est essentielle. Les scientifiques pensent en effet que les troyens ne se sont peut-être pas tous formés au même endroit. Certains pourraient provenir de régions beaucoup plus éloignées du Soleil avant d’avoir été capturés au cours des migrations des planètes géantes.

Pourquoi les troyens peuvent raconter la naissance des planètes

Les modèles modernes de formation du Système solaire suggèrent que les planètes n’ont pas toujours occupé leurs positions actuelles. Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune auraient connu d’importants déplacements au cours de leur jeunesse. Ces migrations auraient bouleversé les populations de petits corps présentes autour d’elles. Certains objets auraient été éjectés du Système solaire. D’autres auraient été déplacés ou capturés. Les astéroïdes troyens pourraient donc conserver la trace de cette période extrêmement mouvementée.

Lucy arrive aux portes de capsules temporelles cosmiques

Le franchissement de cette nouvelle étape en octobre 2026 ne produit pas encore les images spectaculaires attendues lors des prochains survols. Mais il marque symboliquement l’aboutissement de cinq années de voyage. Pour la première fois, une sonde spécialement conçue pour les étudier se trouve désormais dans la région des astéroïdes troyens. À partir d’août 2027, ces petits points lumineux deviendront progressivement des mondes révélés en détail par les caméras et instruments de Lucy. Les chercheurs espèrent alors découvrir dans leurs roches une mémoire vieille de 4,5 milliards d’années. Lucy ne cherche donc pas seulement à photographier des astéroïdes : elle tente de reconstruire l’histoire de la naissance du Système solaire.


Sources

Articles similaires