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13 Février 1917 : Arrestation de Mata Hari une Danseuse, Espionne

Le 13 février 1917, Mata Hari est arrêtée à Paris, accusée d’espionnage au profit de l’Allemagne. Retour détaillé sur la vie de cette danseuse devenue légende.

🗓️ 12 février 2026 📁 Histoire et Civilisations | Les Grandes Guerres

Le 13 février 1917, dans un Paris assombri par la Première Guerre mondiale, une femme au destin hors norme est arrêtée dans sa chambre d’hôtel. Son nom résonne déjà dans toute l’Europe : Mata Hari. Danseuse exotique adulée, courtisane mondaine, muse mystérieuse… et bientôt accusée d’être une espionne au service de l’ennemi. Derrière le mythe sulfureux se cache une histoire complexe mêlant passion, manipulation, propagande et justice expéditive. Plus d’un siècle après son exécution, Mata Hari demeure l’une des figures les plus fascinantes et controversées du conflit de 1914-1918.

13 Février 1917 : Arrestation de Mata Hari une Danseuse, Espionne
⏳ 6 min

Au matin du 13 février 1917, Margaretha Geertruida Zelle, connue sous le nom de scène de Mata Hari, est arrêtée à l’hôtel Élysée Palace à Paris par les autorités françaises.

Elle est accusée d’espionnage au profit de l’Allemagne, en pleine Première Guerre mondiale.

La France vit alors des heures sombres. Les pertes humaines sont colossales, le moral des troupes vacille, et l’opinion publique exige des responsables.

Dans ce climat de suspicion généralisée, les services de contre-espionnage traquent les traîtres supposés. Mata Hari, étrangère, indépendante et proche d’officiers de haut rang, devient une cible idéale.

Elle est accusée d’être l’agent H-21, un code utilisé dans des messages interceptés par les services français.

Les preuves restent floues, mais le contexte politique joue contre elle. Dans une Europe ravagée par la guerre, la peur et la paranoïa nourrissent les accusations.

Une figure exotique dans l’Europe de la Belle Époque

Née le 7 août 1876 aux Pays-Bas, Margaretha Zelle connaît une enfance relativement aisée avant la faillite de son père. À 18 ans, elle épouse un officier néerlandais, Rudolf MacLeod, et part vivre aux Indes néerlandaises (actuelle Indonésie).

C’est là qu’elle découvre les cultures orientales, qui inspireront plus tard son personnage artistique. Après un mariage malheureux marqué par les violences et la mort tragique de son fils, elle rentre en Europe et s’installe à Paris au début du XXe siècle.

Elle y invente Mata Hari, nom malais signifiant « œil du jour » — le soleil. Elle se présente comme une princesse javanaise initiée aux danses sacrées des temples. Son exotisme fascine. Elle danse presque nue, enveloppée de voiles qu’elle retire lentement sur scène. Dans une société encore corsetée par la morale victorienne, son audace choque autant qu’elle séduit.

Elle devient rapidement une célébrité internationale, se produisant à Paris, Berlin, Madrid et Vienne. Elle fréquente diplomates, industriels et officiers supérieurs. Sa beauté et son mystère lui ouvrent les portes des cercles les plus fermés.

Espionne ou bouc émissaire ?

Lorsque la guerre éclate en 1914, Mata Hari continue de voyager. En tant que citoyenne néerlandaise — les Pays-Bas étant neutres — elle peut circuler plus librement que d’autres Européens. Cette mobilité attire l’attention des services secrets.

En 1916, elle est approchée par le capitaine Georges Ladoux, chef du contre-espionnage français, qui lui propose de devenir agent au service de la France. Elle accepte, espérant obtenir un permis pour rejoindre son amant russe blessé au front.

Mais les services allemands affirment de leur côté l’avoir recrutée. Les messages codés mentionnant l’agent H-21 sont interceptés par les Français. Certains historiens estiment que les Allemands savaient que ces messages seraient décodés et auraient volontairement « sacrifié » Mata Hari.

L’affaire reste trouble. Les sommes d’argent qu’elle reçoit pourraient être interprétées comme des paiements pour des renseignements… ou comme des cadeaux de ses riches amants. Elle-même reconnaît avoir accepté de l’argent allemand, mais nie avoir livré des informations militaires.

Un procès expéditif

Le procès de Mata Hari s’ouvre en juillet 1917 devant un tribunal militaire. Il se déroule à huis clos. Les preuves matérielles sont faibles, les témoignages contradictoires. L’accusation repose largement sur sa réputation et sur l’image d’une femme libre, manipulatrice et dangereuse.

Elle est décrite comme une séductrice utilisant son charme pour soutirer des secrets aux officiers. Dans une France meurtrie par la guerre, l’idée qu’une femme étrangère ait causé la mort de milliers de soldats alimente l’indignation.

L’historien Léon Schirmann soulignera plus tard que le dossier d’accusation était « extraordinairement mince ». Pourtant, le verdict tombe : coupable d’espionnage. Elle est condamnée à mort.

Le 15 octobre 1917, à l’aube, Mata Hari est fusillée au fort de Vincennes. Selon la légende, elle refuse le bandeau sur les yeux et fixe ses bourreaux avec calme. Son corps ne sera jamais réclamé par sa famille.

Une légende façonnée par la guerre et le mythe

Après sa mort, Mata Hari devient un symbole. La presse s’empare de son histoire. On la décrit tantôt comme une traîtresse fatale, tantôt comme une victime d’un système patriarcal et d’une justice militaire expéditive.

Son image alimente romans, films et pièces de théâtre. Greta Garbo l’incarne au cinéma en 1931, renforçant la dimension romantique et tragique du personnage. L’expression « femme fatale » trouve en elle une incarnation parfaite.

Au fil des décennies, des historiens réexaminent son dossier. En 2017, à l’occasion du centenaire de sa mort, des archives sont étudiées de nouveau. Beaucoup concluent qu’elle fut probablement une espionne très marginale, sans impact stratégique majeur. D’autres estiment qu’elle n’était qu’une aventurière imprudente, dépassée par les jeux d’espionnage.

L’affaire Mata Hari illustre surtout le climat de suspicion extrême de la Première Guerre mondiale. Elle montre comment la peur peut transformer une artiste en ennemie publique.

Une icône féminine ambiguë

Mata Hari incarne également une figure féminine atypique pour son époque. Indépendante financièrement, assumant sa sexualité, voyageant seule à travers l’Europe, elle défie les normes sociales du début du XXe siècle.

Cette liberté a peut-être contribué à sa condamnation. Dans une société dominée par les hommes, une femme exerçant un tel pouvoir de séduction pouvait facilement être perçue comme dangereuse.

Simone de Beauvoir écrivait que « l’on ne naît pas femme, on le devient ». Mata Hari, elle, s’est inventé une identité, un destin et un mythe. Elle a façonné son personnage avec audace, quitte à en payer le prix ultime.

Une affaire toujours débattue par les historiens

Plus d’un siècle après son arrestation, le débat reste ouvert. Était-elle une espionne redoutable ou un simple pion sacrifié pour rassurer l’opinion publique ?

Certains documents montrent qu’elle avait peu accès à des informations stratégiques cruciales. D’autres soulignent son goût du luxe et son besoin d’argent, qui auraient pu la pousser à accepter des missions ambiguës.

Son histoire révèle aussi les débuts de l’espionnage moderne, à une époque où les services secrets se structurent et où la guerre devient totale, mobilisant civils et militaires.

Mata Hari demeure ainsi à la croisée de l’histoire et du mythe, entre réalité et fiction.

Mata Hari, entre vérité historique et mythe éternel

Le 13 février 1917 marque le début de la chute d’une femme devenue légende. Plus qu’une simple affaire d’espionnage, son arrestation symbolise les tensions d’une époque où la peur et la propagande façonnaient les destins individuels.

Danseuse audacieuse, aventurière cosmopolite, espionne controversée ou victime expiatoire : Mata Hari reste une énigme. Son nom traverse les siècles, rappelant que l’Histoire ne se résume pas aux batailles et aux traités, mais aussi aux trajectoires humaines, aux illusions et aux tragédies.

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